EDITO de Emilie Frèche, Présidente du jury

Il pensait que les juifs dominaient le monde. Il pensait que les juifs volaient l’argent de l’Etat, qu’ils étaient tous riches, et que s’ils ne l’étaient pas, leur communauté, solidaire, paierait la rançon. Après avoir identifié des commerces juifs, boulevard Voltaire à Paris, il a donc envoyé un appât pour récolter des numéros de téléphone. Ilan Halimi a donné le sien. La fille l’a rappelé deux jours plus tard pour lui proposer de boire un verre. Des types lui ont alors sauté dessus; ils l’ont enlevé, séquestré, torturé pendant 24 jours, puis finalement laissé pour mort le long d’une voie de chemine de fer.

“Les juifs sont riches” est un préjugé vieux comme le monde. Et un préjugé qui tue. Né de l’antijudaïsme religieux qui les obligeait à exercer des métiers liés à l’argent puisque la terre leur était refusée, il justifiera les pogroms dès le Moyen-âge, puis s’adaptera à l’ère du capitalisme en accusant cette communauté de tenir les rênes de la finance Internationale, et six millions d’entre eux finiront dans les chambres à gaz – du préjugé au complot, il n’y a qu’un pas.

On espérait que le génocide des juifs aurait débarrassé le monde de l’antisémitisme, fondé en partie sur ce cliché ancestral. C’était une erreur d’appréciation, et la mort d’Ilan Halimi, en France en 2006, nous l’a tragiquement prouvé. Soutenir aujourd’hui un prix national qui porte son nom, c’est prendre la mesure de cette méprise. C’est comprendre que ce préjugé est tenace et qu’à chaque génération, il faut lutter contre. Alors luttons contre.

Lancement de la 3ème édition du Prix Ilan Halimi par la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot-Narquin

Le prix Ilan Halimi récompense un travail collectif mobilisant au moins 5 jeunes de moins de 25 ans qui ont mené une action visant à lutter contre les préjugés et les stéréotypes racistes et antisémites.

Il porte le nom d’Ilan Halimi, jeune français enlevé, séquestré et torturé à mort par la haine et les préjugés antisémites en 2006. Les candidatures sont à déposer avant le 20 décembre et les finalistes seront conviés à Paris en février 2021 pour une présentation orale de leur action devant les jury et les autres candidats (sous réserve des conditions sanitaires).

Retour sur la 2ème édition du Prix Ilan Halimi

Palmarès de la 2ème édition du Prix Ilan Halimi – 12 février 2020

– Le grand Prix Ilan Halimi est attribué à : Vatos Locos Vidéo (13) au titre de l’action : « Vitrollywood : tous unis contre le racisme ».

– Le Prix Ilan Halimi est attribué à : Musicaix/Conservatoire de Pertuis (13) au titre de l’action : « L’empereur d’Atlantis ».

– Le Prix Ilan Halimi est attribué à : Adolescent citoyen souvenir (83) au titre de l’action : « Recueil de mémoire de Chibanis ».

– Le Prix Ilan Halimi est attribué à : Collège Georges Brassens (11) au titre de l’action : « Mobilisés contre le racisme et l’antisémitisme ! ».

Tribune des élèves du collège Clos de Pouilly, lauréat du prix Ilan Halimi 2019

En 2019, les élèves du collège du Clos de Pouilly à Dijon remportaient la première édition du prix Ilan Halimi. Créé en hommage au jeune français enlevé, séquestré et torturé à mort parce que juif par des individus aveuglés par la haine et les préjugés antisémites en 2006, ce prix récompense des initiatives de jeunes de moins de 25 ans qui luttent contre le racisme et l’antisémitisme.

En gagnant ce prix, les élèves ont remporté une bourse leur permettant de financer leur nouvelle initiative : le projet Kaléidoscope. A l’occasion de la deuxième édition du prix Halimi qui aura lieu demain à Matignon, découvrez le témoignage des élèves de cinquième qui ont poursuivi les travaux de leurs aînés.

Élèves de 5ème, nous sommes fiers de prendre la relève des lauréats du premier prix Ilan Halimi. Et nous sommes aussi très impressionnés. Notre collège a été marqué par le prix Ilan Halimi : il y a les dessins dans le couloir, l’arbre des mémoires dans le jardin pédagogique, le trophée dans le hall de l’accueil. Cela nous rappelle l’expérience inoubliable et l’engagement qu’ont pris nos prédécesseurs. Il est important pour nous de continuer leur œuvre et de l’embellir. Mais en même temps, si nous prenons la relève c’est parce qu’il reste encore tant à faire pour faire reculer les préjugés que l’on peut avoir sur les personnes ayant des cultures, des religions différentes.

Nous nous sommes raconté les actes et les paroles racistes ou antisémites dont nous avons été victimes ou témoins, chacun, individuellement. Nous avons vu un homme refuser de s’asseoir à côté d’une femme voilée dans le bus, nous avons été traités de « sale négro », de « sale arabe ». Nous avons lu sur les réseaux sociaux que les juifs étaient riches et qu’ils complotaient pour dominer le monde. À un match de foot nous avons vu un homme dire à une personne d’origine asiatique qu’elle avait le coronavirus et qu’il ne voulait pas s’asseoir à côté d’elle.

Pour lutter contre ces situations et ne pas les rendre anodines, nous avons créé le projet Kaléidoscope.

Depuis le début de l’année, nous avons organisé plusieurs évènements autour de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme avec d’autres collèges. En rencontrant des élèves de notre âge, de territoires et d’origines variés, étudiant dans un collège de 170 élèves à 80 km de Dijon ou dans un collège du réseau d’éducation prioritaire où il y a plus de 46 nationalités différentes, nous découvrons nos points communs et la richesse de nos différences. Nous créons ensemble un blog avec Thibault Roy, journaliste de presse, une fresque avec le graffeur Combo, nous apprenons à vérifier les sources des informations qui sont diffusées sur nos réseaux sociaux, nous échangeons avec Isabelle Saint-Martin, spécialiste de l’enseignement laïque des faits religieux. Et nous découvrons que nous avons un héritage culturel commun.

Grâce au projet, nous réfléchissons aux notions de culture partagée et de coexistence. Nous luttons contre le racisme et l’antisémitisme car nous apprenons à devenir plus tolérants en comprenant concrètement comment parler de la différence. En échangeant et en créant un blog ou une fresque en commun, nous partageons nos valeurs, nos idées, et nous échangeons sur le racisme et l’antisémitisme au quotidien.

Malgré toutes nos actions, nous entendons encore dans notre entourage, dans la cour de notre collège, sur Instagram ou Twitter beaucoup de paroles haineuses. Nous avons vu les élèves de 3ème de notre collège s’engager devant Ruth Halimi à poursuivre la lutte contre le racisme et l’antisémitisme pour qu’il n’y ait plus de crime haineux tel que celui dont son fils a été victime. C’est à notre tour, de porter ce flambeau. Ce sera également le rôle des lauréats de la seconde édition du prix Ilan Halimi, et de tous les jeunes en France : il faut faire vivre la parole et le partage face aux actes de haine qui se multiplient.

Dans notre salle d’Histoire-Géographie, il est écrit « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensemble comme des idiots ». Pour nous c’est exactement ça le projet Kaléidoscope. Ces paroles ont été prononcées il y a plus de de cinquante ans, nous avons encore beaucoup à faire.

Les élèves de 5ème7 du collège Clos De Pouilly

Lundi 7 octobre, le ministre de la Culture, Franck RIESTER, a lancé la seconde édition du Prix Ilan HALIMI. Ce prix récompense un travail collectif mobilisant au moins 5 jeunes de moins de 25 ans qui ont mené une action visant à lutter contre les préjugés et les stéréotypes racistes et antisémites.

Le prix porte le nom d’Ilan HALIMI, jeune français enlevé, séquestré et torturé à mort par la haine et les préjugés antisémites en 2006. Les candidatures sont à déposer avant le 5 décembre et les finalistes seront conviés à Paris en février 2020 pour une présentation orale de leur action devant les jury et les autres candidats.