Le plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme 2018 – 2020

EDITO d’Edouard Philippe, Premier ministre

Le racisme et l’antisémitisme ont tué en France ces dernières années. Ils s’expriment dans la rue, sur les murs des lieux de culte, sur les réseaux sociaux, dans les forums de discussion. Pour des millions de Français, ils se traduisent par des injures, des intimidations, des coups, des discriminations. Des élèves doivent quitter leur école en raison de leur religion. Des jeunes ne trouvent pas de travail parce que leur nom a une

consonance étrangère. Des députées reçoivent des tombereaux d’injures à cause de leur couleur de peau. Ces attitudes, lâches, graves, dégradantes, blessent les victimes et leurs proches. Elles blessent la République.

Pour le Gouvernement, la lutte contre ce fléau est un impératif moral et politique. Parce qu’on ne construit pas une société sûre, pacifique, solidaire sur la haine de l’autre. Parce que le racisme et l’antisémitisme sont à l’opposé des valeurs qui fondent la République. Parce que des millions d’hommes et de femmes sont morts pour que la liberté, l’égalité, l’universalisme triomphent. Parce que l’histoire peut, hélas, se répéter.

Le plan interministériel 2015-2017, « Mobilisés contre le racisme et l’antisémitisme » a produit de premiers résultats. Deux évaluations indépendantes, l’une menée par la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), l’autre conduite à ma demande par une mission conjointe des Inspections générales de l’Administration et de l’Administration de l’éducation nationale et de la recherche (IGA-IGAENR), ont permis d’en mesurer la réalité. Grâce à une large mobilisation des services de l’État, mais aussi du monde associatif et de la société civile, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme fait aujourd’hui l’objet d’une politique publique clairement identifiée, dotée d’un budget propre et animée par des acteurs reconnus aux niveaux national et local.

Mais ce n’est qu’un début. Les tensions demeurent vives. Les chiffres des atteintes sont préoccupants. Si l’on peut se réjouir de la baisse tendancielle des menaces et des actes haineux depuis 2016, ces statistiques ne rendent pas compte du déferlement de haine qui s’exprime de manière quotidienne, sur internet. Ni de la multiplication des « passages à l’acte ». Il faut donc aller beaucoup plus loin, creuser le sillon du premier plan interministériel et ouvrir de nouveaux fronts.

C’est l’objectif de ce nouveau plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme que nous déploierons durant une période de trois ans, de 2018 à 2020. Un plan qui complète, renforce, prolonge les actions que nous menons dans les domaines de la lutte contre les discriminations et de la prévention de la radicalisation.

Piloté par la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), il mobilisera l’ensemble des ministères pour mener quatre combats : lutter contre la haine sur internet ; éduquer contre les préjugés et les stéréotypes ; mieux accompagner les victimes ; investir de nouveaux champs de mobilisation. Il bénéficiera en outre de moyens sanctuarisés. Le combat contre la haine, l’ignorance, la lâcheté et l’impunité ne fait que commencer. Dans ce combat, je sais pouvoir compter sur des milliers d’associations et sur la très grande majorité des Français qui aiment leur pays et les valeurs de fraternité qu’il défend.

Édouard PHILIPPE